dimanche, octobre 23

Commentaire de Matthieu 22:34-40

C'est une fois de plus Jean Vilbas qui nous propose cette semaine son commentaire de l'Evangile du dimanche.

Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu 22,34-40.
Les pharisiens, apprenant qu'il avait fermé la bouche aux sadducéens, se réunirent,
et l'un d'entre eux, un docteur de la Loi, posa une question à Jésus pour le mettre à l'épreuve :
« Maître, dans la Loi, quel est le grand commandement ? »
Jésus lui répondit : « Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton coeur, de toute ton âme et de tout ton esprit.
Voilà le grand, le premier commandement.
Et voici le second, qui lui est semblable : Tu aimeras ton prochain comme toi-même.
Tout ce qu'il y a dans l'Écriture - dans la Loi et les Prophètes - dépend de ces deux commandements. »

Commentaire

On a longtemps voulu opposer judaïsme et christianisme, ancienne et nouvelle alliance, loi et évangile. Depuis le drame de la Shoah, les églises ont redécouvert l’enracinement juif de l’enseignement de Jésus ; avec une nouvelle et redoutable question sur l’originalité de cet enseignement.

Matthieu, mettant en scène les deux principaux groupes religieux juifs (saduccéens et pharisiens), cherche à montrer le plein accord entre la loi et l’enseignement de Jésus. De fait, la réponse que donne Jésus est constituée de deux versets du Pentateuque.

Il y a pourtant un piège dans la question du pharisien pour lequel n’existe aucune hiérachisation entre les différents commandements. En y répondant, Jésus s’arroge le privilège d’interpréter la loi, il se pose en point de référence. C’est le reproche majeur que la polémique juive soulèvera à son égard au fil des siècles.

Nous affirmer aujourd’hui lecteurs chrétiens de la loi et des prophètes implique toujours de choisir Jésus-Christ comme celui en qui les Ecritures prennent sens. Ceci ne nie en rien qu’un sens existe en dehors de Jésus ; ceci signifie plutôt que nos choix, nos interprétations, notre manière de nous référer aux Ecritures prendront Jésus-Christ comme critère ultime.

Dans son interprétation, Jésus radicalise la loi. Il en retient deux commandements – semblables selon le texte grec. L’un ne remplace pas l’autre ; mais ils s’éclairent l’un l’autre et ne peuvent exister indépendamment. Le but de la loi est de placer l’homme face à la volonté de Dieu et par la même occasion dans une juste relation à l’autre.

Au nom de l’amour absolu pour Dieu, beaucoup de chrétiens se sont opposés à certains droits fondamentaux de l’homme : liberté de penser, liberté de croire ou de vivre différemment. Ceux qui ont cru que la terre était ronde, que l’homme est le résultat d’une longue évolution ou que les droits des personnes lgbt doivent être gagnés et défendus le savent. Au nom des droits de Dieu, on a limité ceux des hommes, on a emprisonné, torturé, tué. Au nom de l’amour de l’humanité, beaucoup ont aussi cru devoir combattre un christianisme jugé aliénant.

Ce texte oblige à tenir ensemble l’amour de Dieu et l’amour du prochain. Il pose l’amour de Dieu comme fondement de tout amour de l’autre ; il nous apprend à découvrir en l’autre le visage d’un prochain. Il pose également l’amour du prochain comme seul critère de l’authenticité de notre amour pour Dieu. Cet amour n’est pas affaire de sentiment mais il engage toute notre personne. De cet amour là qui peut nous paraître si banal, nous n’avons pas percé tous les mystères, épuisé toutes les ressources, expérimenté toute la puissance et toute la gratuité.

Pour aller plus loin

1. Que cherches-tu dans les Ecritures ?

2. Quel te semble être l’essentiel du message biblique ?

3. Qu’est-ce qu’aimer Dieu pour toi ?

4. Qu’est-ce qu’aimer le prochain pour toi ?

Prière

Apprends-moi, Seigneur, à te reconnaître et à t’aimer dans le visage de celles et ceux que tu places sur mon chemin ; libère-moi de mes préjugés et donne-moi de te servir sans crainte et dans la reconnaissance. Amen.

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