jeudi, octobre 13

La question gay est-elle la cause de la division de Communion Anglicane ?

On entend souvent dire que la consécration d'un évêque ouvertement gay (Gene Robinson)et les bénédictions d'unions de même sexe ont été les éléments déclencheurs de la crise qui secoue la Communion Anglicane depuis 2 ans. Est-ce si sûr ? Ces actions n'ont-elle pas plutôt provoqué une crise qui existait déjà en germe depuis longtemps ? C'est ce que semble penser le Très Révérend Robin Eames, Primat anglican de toute l'Irlande, qui s'interroge sur le futur de la Communion Anglicane dans une conférence toute à fait intéressante donnée le 12 octobre 2005 à Yale à l'Ecole de théologie de Berkeley, sous le titre "Where now for World Anglicanism". C'est ce même Robin Eames qui présidait la Commission qui produit récemment le Rapport Windsor chargé par l'Archevêque de Canterbury de faire des propositions pour favoriser l'unité de la Communion anglicane. Si vous lisez l'anglais je vous recommande de lire l'intégralité de ce long texte. Sinon, en voici quelques morceaux choisis que j'interprère librement.

Eames estime que le point de départ réside dans la doctrine de l'Eglise en tant que Corps du Christ. En particulier se pose la question suivante: jusqu'à quel point les désaccords sont-ils tolérables sans mettre en danger l'unité de l'Eglise ? Tout au long de l'histoire, des désaccords se sont exprimés sur des sujets aussi importants que la nature de Dieu et du Christ, la nature du Saint Esprit (cf la question du Filioque) et de la Trinité, l'usure, l'esclavage, la polygamie, l'ordination des femmes. Dés le début de l'Eglise, des oppositions sont apparues face à l'inclusion dans l'Eglise des Gentils (non juifs), des femmes et des esclaves (on pourrait ajouter aujourd'hui des gays, note Eames). A très peu d'exceptions près, les Eglises anglicanes du nord et de l'ouest ont commencé à admettre une grande diversité en leur sein bien avant que le nom de Gene Robinson soit connu du monde entier.

Ce qui a permis à la Communion anglicane de se maintenir malgré tout, c'est ce qu'on appelle "les liens d'affection" . Face aux désaccord entre les Provinces autonomes, ces liens d'affection étaient adéquats tant qu'il n'y avait pas de division. Mais à partir du moment où les tensions se sont accentuées, ils n'ont plus uni que les Provinces qui étaient d'accord entre elles. Parmi les sources de cette tension, le déclin du colonianisme a joué un rôle déterminant. Il a eu pour conséquence une émancipation et une autonomisation croissantes des Eglises anciennement colonisées. Les aspects culturels au sein de la Communion sont devenus un élément souvent prédominant des liens d'affection. Ceux-ci sont devenus inoppérants face aux tensions de plus en plus fortes qui ont vu jour.Robin Eames se demande si la division de la Communion Anglicane n'attendait finalement plus qu'un prétexte pour éclater. Autrement dit, si les divisions, au sein des Provinces, mais aussi à l'intérieur des Provinces, des diocèses et même des paroisses, n'avaient pas été provoquées par les questions de sexualité, elles auraient tout aussi bien pu être provoquées par autre chose.

Robin Eames regrette l'absence de dialogue et de transparence dans le jeu qui oppose "conservateurs" et "libéraux". Dans certains déclarations, on distingue mal l'amour du Christ, l'amour pour le Christ et l'amour les uns pour les autres, alors même qu'il s'agit d'une même famile anglicane .Ceci laisse peu d'espoir à la guérison. Eames s'interroge finalement sur l'importance de la Communion Anglicane en tant que structure. En d'autres mots, peut-on se dire anglican sans accepter la structure de la Communion ? Que penser à cet égard de la récente décision de l'Eglise anglicane du Nigéria de changer unilatéralement sa Constitution, en supprimant toute référence au siège de Canterbury, alors que celui-ci a un rôle "pivot" en tant qu'instrument d'unité de la Communion Anglicane ? En révisant ainsi sa Constitution, l'Eglise du Nigéria se pose en ultime arbitre pour toutes les questions relatives à l'interprétaion de la foi et de la doctrine. Les implications de cette révision sont donc très sérieuses. Elles vont à l'encontre des recommandations du rapport Windsor, tout comme les "liens d'affection" sont mis à mal par les ingérences de l'Eglise du Nigéria dans d'autres Pronvinces et son intention de créer des "Convocations et Chaplaincies" à l'extérieur du Nigéria pour ceux qui partagent la même foi qu'elle.

Au regard de ces récents développements, l'avenir de la Communion Anglicane semble donc très incertain.

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