mercredi, septembre 6

Ultréïa !

"Allons en avant": c'est ainsi qu'on pourrait traduire "Ultréia", le cri des "jacquaires", autrement dit des pélerins sur le Chemin de St Jacques de Compostelle. Voici près de 2 semaines que François et moi sommes rentrés de Conques, après 200 kms de marche réalisés en 8 jours depuis le Puy-en-Velay, et je ne publie ce post que maintenant ! Je vous demande pardon d'avoir négligé mon blog depuis si longtemps. Il va falloir que je me rattrappe :)

Je n'ai pas l'intention ici de vous raconter tous les détails de ce pélerinage qui m'a transformé. Je vous laisse consulter les nombreux sites web consacré au Chemin. Sachez juste que nos étapes ont été Le Puy, Saint Privat d'Allier, Saugue, Le Sauvage, Aumont-Aubrac, Nasbinals, Saint Côme d'Olt, Golinhac et Conques.
J'aimerais vous livrer quelques impressions de la part d'un jacquaire gay en couple (bientôt 4 mois déjà!).

J'ai été bouleversé pendant la messe de l'Assomption dans la magnifique cathédrale du Puy. La liturgie était de toute beauté (chorale, musique de Mozart). Je me suis mis à pleurer à chaudes larmes pendant un bon moment, en prenant conscience à la fois de l'amour incroyable de Dieu pour moi, et de mon incapacité à aimer. François ne savait pas que penser. Il semblait inquiet. Heureusement, nous étions au fond de l'église :) Il m'arrive de temps en temps de pleurer pendant une liturgie. Je ne cherche pas à lutter contre mes émotions. Au contraire, je respire alors profondément et je laisse alors Dieu faire son oeuvre en moi au travers des larmes. En général, je me sens ensuite régénéré (purifié ?).

Il y eut d'autres larmes versées. Celles de François notamment. Je me rends compte de plus en plus combien il peut être sensible. Et j'avoue être rarement aussi attentionné que lui. Surtout au terme d'une journée épuisante et avec un sac à dos qui me pèse douloureusement ! Je n'ai alors qu'une idée en tête: arriver au terme de l'étape pour ne plus souffrir. J'oublie presque que je ne suis pas seul à marcher. Et je me comporte comme si j'étais seul au monde. Heureusement, nous arrivons à en parler et à nous réconcilier. La marche est souvent un révélateur de caractères. Elle m'a permis de mieux connaître François, et ce que j'ai découvert me rend heureux. Ce que j'aime avec lui, c'est qu'il me pousse à vouloir être meilleur et à me décentrer de ma petite personne. J'ai encore beaucoup à apprendre sur le chemin du don de soi, et mon chéri est un bon maitre dans cette matière. J'ai aussi été très ému le jour où il a porté mon sac à dos (en plus du sien !) sur les 4 derniers kms alors que je n'en pouvais vraiment plus. Cela me fait penser à Jésus qui porte notre fardeau. François, nouvelle icône du Christ? Un bon exemple en tout cas ! Merci Seigneur de l'avoir mis sur ma route. Et aide-moi à l'aimer plus jour après jour.

Ce pélerinage m'a aussi rapproché de Dieu. Pendant la marche, le corps devient prière. Parfois je disais la prière du pélerin russe: "Jésus, Fils de Dieu, aie pitié de moi pécheur" au rythme de ma respiration. Je réalise alors que Jésus nous sauve tout entier, corps, âme et esprit. Chaque matin, François et moi rendions un culte à Dieu, au cours d'une Eucharistie chaque fois que c'était possible, ou sinon par une simple prière et la lecture d'un passage de la Bible qui nous accompagnait tout au long de la journée. Nous nous efforçions aussi de bénir Dieu avant chaque repas. La nature et les multiples églises étaient aussi des occasions de louer le Seigneur. Nous avons traversé tant d'endroits magnifiques qui incitent à rendre grâce à notre Créateur. Souvent aussi, j'exerçais mon fonction batismale de prêtre, en offrant à Dieu tous ceux et toutes celles que je connais, en les remettant à Sa bonté.

Tout au long du chemin, François et moi avons été "relativement discrets", évitant de nous afficher en public main dans le main. Par contre, nous ne nous sommes pas privés de le faire et de nous embrasser et caliner quand nous étions seuls. Parfois cependant, nous avons été surpris furtivement :) Qu'importe, nous ne faisions rien de mal après tout ! Tout au long du chemin, nous avons rencontré de nombreux jacquaires, et nous les retrouvions régulièrement d'étape en étape. Des liens se tissent. Une fraternité s'installe. Et certains ont dû comprendre que François n'était pas qu'un simple ami. D'ailleurs, au terme de notre parcours, à Conques, j'ai fait mon coming out auprès de deux jeunes pélerins, l'un prêtre l'autre diacre, lors du petit déjeuner que nous prenions chez les Prémontrés. Le prêtre m'a demandé pourquoi j'étais devenu anglican. J'ai fini par lui dire :"parce que je suis gay". Il m'a alors répondu: "je m'en doutais!". Il est vrai qu'il avait vu les gestes très affecteux que j'avais eu pour François dans l'église de Conques...

11 commentaires:

REALITY a dit…

Cher Jean-Marc,

Je suis très sensible à ce que tu dis dans ce message et cela d’autant plus que j’ai vécu à Conques.
J’accueillais tous les jours des pèlerins et plus largement des randonneurs, croyant ou non à la recherche de l’ineffable quand j’y étais religieux Prémontrés et frère hôtelier.
Conques est donc précieux à mon cœur à plus d’un titre et notamment pour les grâces que j’y ai vu fleurir si souvent ! De belles rencontres toujours, de beaux moments de paix dans des discussions tard dans la nuit aux pieds de l’abbatiale Sainte-Foy. J’entends encore raisonner quelques accords de l’orgue dans les petits concerts qui y sont donnés après le dernier office.
Je prierais sainte Foy de Conques et saint Jacques pour vous deux aujourd'hui puisque je dois me rendre dans une abbaye en Provence cette après-midi où je suis en vacances.
Si la lumière est là, à l’intérieur de Conques, elle se trouve aussi et surtout dans vos cœurs là est son foyer d’où toute lumière émane. Vos larmes en sont les témoignages.

François.

Ben a dit…

Deo gratias ! Alléluia !
Quelle joie inonde mon coeur à te lire.

Je suis très heureux que votre route se soit passée comme cela, même si parfois la marche demande d'aller au-delà de soi-même...

Je suis très heureux de savoir votre amour grandi et aprofondi, de savoir que ce prêtre et ce diacre auront vu d'abord deux pèlerins avant de voir en vous deux gay amoureux.

Je suis très heureux aussi de savoir que Conques était votre point d'arrivée : c'est un endroit que j'affectionne particulièrement.

Enfin, heureux de te retrouver, cher Jean-Marc. Par ton absence de la blogosphère, j'ai pris mieux conscience de ce que tu m'apportes et, par toi, de ce que le Seigneur me donne.

XTIAN a dit…

à Conques ou à Knock le Zout...ces moments là gardent les précieusement.ils seront le ciment de ton futur dans les moments plus difficiles...fais en un collier de perles que tu garderas autour de ton cou,autour de ton coeur....cette chance que tu as comme disent les ados "c 'est trop marave"

OLAG a dit…

Gloire à Dieu pour les merveilles accomplies en toi! Sainte Foy m'est très connue: c'est le nom de ma rue ici à Québec! Mais les expressions de Xtian, elles me sont totalement inconnues :-((

Anonyme a dit…

Je suis passé à Conques cet été. J'y ai vécu une expérience esthétique assez similaire à celle qui m'avait marqué au mont st Michel voici plus de 20 ans (au moment de mon coming-out). La splendeur du site, la beauté et la force de la liturgie (vécue le jour de l'Assomption) resteront gravés. Sans compter la somptuosité ascétique des vitraux de Soulages ! Et bien sûr, le trésor ! Nous ne nous connaissons pas, mais les expériences et les émotions sont proches.

bien amicalement, in X° rege
Daniel

Didyme a dit…

ENFIN il est (ou devrais-je dire "ils sont") revenu. C'est pas tout ça mais tu commençais à nous manquer ! Heureux de voir que ce fut un bon pèlerinage.

Jean-Marc a dit…

Vous ne pouvez pas savoir combien je suis heureux de vous lire ! Merci pour vos mots si gentils qui me soutiennent sur mon chemin. Que Dieu nous donne de reconnaître tous les jours un peu plus la lumière qu'il a mise dans nos coeurs !

Eliots a dit…

Cher Jean-Marc, je suis heureux de te voir heureux. Je guettais ton blog toutes ces dernières semaines. Merci de ton récit et de ces quelques superbes pics.
Visiblement, toi et François formez un très joli couple.

Jean-Marc a dit…

Superbes mes pics ? Venant de toi, Eliots, cela me fait rougir. Je regrette tellement de ne plus pouvoir regarder les magnifiques photos de ton blog. Mais cela fait peut-être partie de ton ascèse...
Que Dieu te garde,
JM

Benoît a dit…

Cher Jean-mMarc, je suis content de te revoir parmi nous! Tu nous a manqué!
Je suis rempli de joie en lisant ton témoignage et votre bonheur à tous deux.
Tu retranscris si bien tout ce que vous avez vécu, la transformation et les temps forts que je suis très ému en te lisant.
Paix à vous!

Anonyme a dit…

Conques es pour moi un lieu tellement saint... un lieu où j'ai pu laisser et pardonner quelqu'un qui m'a abusée il y a longtemps. Je guarde une photo de Conques à mon ordinateur pour me faire me souvenir du pardon. Mon 'épouse' et moi, nous avons fait Le Puy-Moissac (2005), Moissac-Roncesvaux (2006), Roncesvaux-Estella/Rabanal del Camino-Santiago. Il nous reste el Alteplano, peut-ête l'année prochaine? Nous faisons une comunauté si importante, nous qui avons marché le Chemin.

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