jeudi, février 22

Eglises chrétiennes et homosexualités aux Etats-Unis

Faisant partie depuis plus de 3 ans d'une paroisse rattachée à l'Eglise épiscopalienne, autrement dit la branche américaine de l'anglicanisme, je constate des différences énormes dans l'approche de l'homosexualité par rapport aux églises de culture française. Je me sens complètement intégré dans mon église en tant que gay, qui plus est en couple. J'ai pu y créer un groupe paroissial destiné principalement aux gays et lesbiennes. Et, bien qu'il n'y ait pas de bénédictions de couples de même sexe (l'évêque n'a pas donné son autorisation et il n'existe pas de rite officiel), les couples gays et lesbiens reçoivent le même soutien pastoral que les couples de sexes opposés. Mais il est vrai que toutes les églises américaines ne sont pas aussi ouvertes. Certaines sont mêmes particulièrement fermées à la question de l'homosexualité, notamment les églises évangéliques. En fait, il y a 2 camps opposés: les libéraux et les conservateurs, et on retrouve ces 2 camps dans toutes les dénominations (même si les libéraux sont majoritaires dans l'Eglise épiscopalienne).

Baptiste Coulmont, sociologue des religions, s'est intéressé de près à cette spécificité des églises américaines. Dans un article "Eglises chrétiennes et homosexualités aux Etats-Unis, éléments de compréhension", paru en 2003 dans le revue Française d'Etudes Américaines, il montre le rôle joué par les mouvements gays et lesbiens depuis les années 60, qu'il situe dans la lignée des militants pour les "civil rights", et qui a entrainé une politisation des assemblées générales des églises. En réaction, un mouvement conservateur s'opposant aux droits des LGBT a vu le jour. B. Coulmont explique aussi le rôle joué dans les années 70 par la 'professionalisation du métier de pasteur", ainsi que l'entrée des femmes sur le "marché du travail religieux". La volonté d'éviter l'arbitraire dans le recrutement a favorisé sa rationalisation avec l'apparition d'examens, contrôles, règles, etc. Conséquence imprévue: l'instauration de possibilités d'éliminer les homosexuels du recrutement.

L'ouverture du mariage religieux et civil est une autre revendication gay qui opposent libéraux et conservateurs depuis le début des années 70 jusqu'à nos jours. Baptiste Coulmont montre comment certaines églises ont tenté d'adapter leur pastorale au contexte d'une société américaine où une majorité d'enfants ne vivent pas dans une famille nucléaire classique. Les homosexuels ne sont pas les seuls concernés: divorcés remariés, couples d'adolescents, seniors qui commencent une nouvelle vie amoureuse, etc. Ces réaménagements remettent bien sûr en cause la conception traditionnelle du mariage, provoquant l'opposition des chrétiens conservateurs qui refusent la variabilité des formes familiales. Pour eux, l'ouverture du mariage aux couples de même sexe déclencherait une série de perturbations en chaîne: accepter la liberté des arrangements sexuels mènerait logiquement à accepter la liberté des arrangements familiaux.

Baptiste Coulmont explique que les demandes de célébrations d'union sont au début des années 1990 des "demandes locales qui s'inscrivent dans le volonté des congrégations de définir, localement, le sens et l'étendue de la "famille". La situation change après 1993: l'accès au mariage devient une question publique qui traverse l'ensemble des USA". B. Coulmont poursuit ainsi: "revendication relativement "récente", qui incorpore les luttes passées irrésolues, l'ouverture du mariage religieux est conçue comme une pierre de touche: si le mariage est ouvert, alors la sexualité des fidèles, mais aussi celle de certains prêtres ou pasteurs, sera légitimée en retour". Les églises veulent bien trouver des arrangements locaux, en célébrant discrètement des bénédictions d'unions homosexuelles, et en acceptant l'homosexualité des pasteurs et prêtres à condition qu'elle ne soit pas assumée publiquement.

En conclusion, la question homosexuelle cristallise de nombreux enjeux. Certaines Eglises se crispent en refusant d'ouvrir le brèche qui pourrait remettre en cause tout leur édifice. D'autres, plus audacieuses et, à mon avis prophétiques, choisissent de donner aux gays et lesbiennes toute leur place dans l'Eglise, y compris au niveau des ministères et sacrements.

La prochaine réunion du groupe Lambda ce dimanche 25 février sera consacrée à la question des églises chrétiennes et des homosexualités aux Etats-Unis. Baptiste Coulmont y sera notre invité.

2 commentaires:

Georges a dit…

Tu dis:

<<...une société américaine où une majorité d'enfants ne vivent pas dans une famille nucléaire classique>>

Oui, en effet, seulement 24% des familles américaines ont classiques.

Tu fais un mélange, et une confusion entre libéraux et inclusifs d'une part; et traditionalistes et intégristes d'autre part. Ce n'est pas juste du tout. On peut être évangéliques (au sens anglophone du terme) et gais.

Exemple:
http://www.geocities.com/pharsea

Sinon prions pour le schisme! Sinon ces compromis sont aberrants!

Jean-Marc a dit…

Je n'ai pas parlé de traditionalistes mais de coonservateurs au sens moral et non liturgique. Pour moi, les évangéliques sont plutôt conservateurs, et les "traditionalistes" (anglo-catholiques par exemple) sont libéraux.

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